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October 24 La Tribune de Yannick Jadot, en direct du Parlement EuropéenClimat : les grands émergents bougent, le monde bouge... mais l'Europe piétine http://www.actu-environnement.com/ae/news/pietinement_europe_8498.php4 ![]() Au regard des négociations qui ont abouti au protocole de Kyoto, un paramètre important a changé à l'approche de Copenhague : les pays émergents figurent au centre des négociations. Dès lors, la question à se poser est ailleurs : ne seraient-t-ils pas devenus, contre toute attente, les moteurs de la lutte contre le réchauffement climatique ? Pour cela, des efforts doivent être
faits dans tous les pays. Dans les pays industrialisés évidemment, responsables
du changement climatique que nous connaissons aujourd'hui et qui ont à cet égard
le devoir de montrer l'exemple. Mais aussi dans les pays en développement, et
surtout dans les grands pays émergents. C'est là la différence fondamentale
entre les discussions qui avaient débouchées en 1997 sur le Protocole de Kyoto
et celles qui nous conduisent à Copenhague. Les grands émergents doivent limiter
leurs émissions de gaz à effet de serre avant de les réduire. Et pour cela, la
communauté internationale s'est mise d'accord sur le fait qu'ils doivent
bénéficier d'un soutien technologique et financier. Les grands émergents
sont-ils prêts à agir contre le changement climatique ? A écouter certains pays
industrialisés, on peut avoir l'impression que non. Aux Etats-Unis, nombreux
sont ceux qui refusent un engagement fort de leur pays en arguant du fait que la
Chine ne suit pas. En Europe, des voix s'élèvent pour dénoncer le soi-disant
manque d'action des grands pays émergents, et par conséquent font obstacle à ce
que l'Union européenne s'engage à réduire ses émissions de gaz à effet de serre
de 30% d'ici à 2020 (et non pas de 20%). Quant à la France, elle refuse de
chiffrer le soutien financier que l'Europe doit apporter à moyen terme, tout en
brandissant la menace d'une taxe carbone aux frontières pour se protéger de ces
pays jugés insuffisamment ambitieux. Il y a là un décalage surprenant
entre ces prises de position et ce qu'on peut lire régulièrement sur les actions
entreprises par les grands pays émergents pour réduire les pollutions locales,
assurer leur sécurité énergétique ou créer des emplois, et qui permettent
également de limiter la croissance de leurs émissions de gaz à effet de
serre. Qu'il s'agisse de production d'éoliennes, de panneaux solaires et
maintenant de batteries pour voitures électriques (voire de voitures électriques
elles-mêmes), la Chine est désormais le leader mondial toutes catégories. Elle a
amélioré son efficacité énergétique d'une manière spectaculaire et est désormais
sur le point de se fixer un objectif de réduction de l'intensité carbone de son
économie. L'Afrique du Sud a, elle, établi un plan national pour que ses
émissions commencent à décliner dès 2020-2025… alors qu'un tel déclin ne serait
pas normalement attendu même en 2050. Quant au Brésil, il est prêt à réduire le
taux de déforestation de l'Amazonie de 70% en 10 ans, la déforestation étant
responsable de trois quart de ses émissions. Les grands pays émergents
sont prêts à faire bien plus que leur part équitable de l'effort mondial. Il est
loin le temps de Kyoto où ils refusaient tout effort en prétextant que le
changement climatique était une affaire de pays riches. La question n'est en
fait plus tant celle de leurs actions, mais de leur volonté à les inscrire dans
le cadre d'un accord international contraignant. Si le climat est aujourd'hui
l'affaire de tous, les grands pays émergents ont toujours une responsabilité
historique et une capacité à agir bien inférieures à celle des pays
industrialisés. La forme juridique de leur engagement ne pourra donc pas être la
même. A quelques mois de Copenhague, la situation politique bouge. Les
grands pays émergents s'engagent. Des pays industrialisés jusque là dirigés par
des gouvernements peu enclins à réaliser des efforts suffisants montrent
l'exemple. Certes, la somme de ces efforts ne nous permet toujours pas de
garantir une réponse internationale à la hauteur de l'enjeu climatique. Mais la
dynamique politique est désormais positive, et elle doit être entretenue. Ce qui
rend d'autant plus surprenantes les déclarations européennes visant à nous
préparer à un échec à Copenhague. A croire que l'Union européenne nous prépare
en fait à son propre échec, à son incapacité à prendre les engagements, que ce
soit de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre ou de soutien aux
pays en développement, nécessaires au succès des négociations. Alors que le
monde bouge l'Europe piétine. Yannick Jadot Député
européen Europe Ecologie, Vice-Président de la Commission du Commerce
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